Ce texte fait partie du cycle
Sept textes après le 7 octobre
La durée commence quand l’attente cesse d’être provisoire.
Quand elle ne promet plus rien.
Quand elle ne menace plus non plus.
Quand elle s’installe.
La durée n’est pas un temps qui passe.
C’est un temps qui reste.
On ne compte plus les jours.
On ne demande plus quand.
On ne cherche même plus à savoir combien de
temps encore.
La durée n’a pas d’horizon.
Elle transforme les corps.
La fatigue devient stable.
La tension devient normale.
L’inquiétude cesse d’être aiguë — elle devient
fond de vie.
La durée n’est pas spectaculaire.
Elle n’a pas de pic.
Pas de chute.
Pas de scène.
Elle agit par érosion.
Ce qui faisait encore tenir
— la nouveauté, l’urgence, l’intensité —
disparaît.
Il ne reste que la continuité.
Dans la durée,
on ne vit plus avec la douleur.
On vit dans la douleur.
Elle ne prend plus toute la place,
mais elle ne quitte plus aucune place.
La durée oblige à apprendre sans le vouloir.
À continuer sans projet.
À se lever sans perspective.
À parler sans conclusion.
Ce n’est pas la violence qui détruit le plus.
C’est ce qui dure sans fin visible.
La durée n’est pas une épreuve héroïque.
Elle ne produit ni images,
ni récits faciles,
ni phrases fortes.
Elle produit du silence épais.
Et pourtant,
c’est dans cette durée que tout se décide.
Pas dans le choc.
Pas dans l’événement.
Mais dans ce temps étiré
où rien ne se ferme.
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