Le premier jour de l’année

Nous sommes le 1er janvier 2026.

En Israël, rien n’indique réellement un début d’année.

Les administrations fonctionnent.

Les bus circulent.

Les commerces ouvrent à l’heure habituelle.

Ce n’est pas une date juive.

Ce n’est pas une fête.

Ce n’est pas un seuil du calendrier hébraïque.

Et pourtant, quelque chose commence.

Le chiffre s’impose malgré lui : vingt-six.

Il apparaît sur les écrans, dans les documents officiels, dans les titres, dans la datation machinale des jours.

Une année civile de plus, dira-t-on. Une convention partagée par le monde entier.

Mais ici, certains nombres ne sont jamais totalement neutres.

Vingt-six est la valeur numérique du Nom divin, celui qui n’est pas prononcé.

Quatre lettres qui traversent les siècles sans jamais se laisser saisir entièrement.

Un nom qui ne décrit rien, mais qui relie.

Coïncidence ou simple écho discret : l’année hébraïque en cours, 5786, ramène elle aussi à ce même nombre.

La somme de ses chiffres conduit, là encore, à vingt-six.

Rien qui oblige à y voir un signe.

Rien qui impose une lecture.

Simplement le constat que, parfois, les calendriers se frôlent sans se confondre.

Le 1er janvier n’a rien de sacré dans la tradition juive.

Il ne remplace ni Roch Hachana, ni Yom Kippour, ni aucun autre temps fort.

Et pourtant, il n’est pas ignoré.

Le Rabbi de Loubavitch avait pour habitude de souhaiter une « bonne année » le 1er janvier.

Non par adhésion aux célébrations profanes,

mais parce qu’il considérait que le temps universel aussi est compté.

Même lorsqu’il n’est pas sanctifié, le temps avance sous un regard.

Ce jour-là, rien n’est demandé.

Pas de prière particulière.

Pas de jeûne.

Pas de shofar.

Seulement une question, posée à voix basse :

que fait-on du temps qui commence lorsqu’il ne commence pas pour nous ?

À Jérusalem, cette question prend une forme visible.

Après la mairie, le long des grandes artères, devant certaines églises, des institutions chrétiennes, des hôpitaux,

les signes de la fin d’année ne sont plus dissimulés à l’intérieur.

Les décorations sont sorties.

Les guirlandes sont visibles depuis la rue.

Les arbres de Noël, encore dressés, marquent la fin d’un cycle qui n’est pas le nôtre —

mais qui s’inscrit désormais dans l’espace public.

Rien d’ostentatoire.

Rien de provocant.

Simplement une présence.

Une présence qui oblige à regarder, ne serait-ce qu’une seconde de plus que prévu.

Dans cette ville où chaque date, chaque pierre, chaque symbole porte déjà plusieurs couches de sens,

ces signes-là n’ajoutent pas du bruit.

Ils rappellent simplement que d’autres calendriers ont commencé — et se sont déjà refermés.

On continue à vivre.

À travailler.

À traverser la ville.

Les conversations ne parlent pas nécessairement de guerre ni de politique.

Elles parlent des horaires, des obligations, de ce qui attend demain.

Mais ces décorations, encore là, inscrivent dans le paysage une réalité discrète :

le monde n’avance pas tous ensemble, mais il avance quand même.

Le 1er janvier n’est pas un appel à la ferveur.

Il ne promet rien.

Il n’exige rien.

Il rappelle.

Que le temps se compte aussi ailleurs.

Qu’il commence parfois sans nous consulter.

Et que même lorsqu’il n’est pas le nôtre,

il continue, silencieusement, de nous être confié.

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