II — La perte

Ce texte fait partie du cycle

Sept textes après le 7 octobre

↩︎ retour à la page hommage

La perte n’a pas été immédiate.

Elle n’a pas eu lieu en un instant clair,

ni dans un cri,

ni dans une certitude.

Elle s’est installée autrement.

Par fragments.

Par absences successives.


Ce qui a été perdu n’a pas toujours été nommé.

Au début,

il y avait des listes incomplètes,

des visages sans réponse,

des noms prononcés à mi-voix.

La perte n’était pas encore une mort.

Elle était une soustraction.

Quelque chose qui n’était plus là

sans qu’on sache encore comment l’admettre.


Perdre, ici,

ce n’était pas enterrer.

C’était ne pas savoir.

Ne pas pouvoir fermer.

Ne pas pouvoir fixer.

Vivre avec une place vide

qui refusait de prendre forme.


Les jours ont continué.

Les semaines aussi.

La perte n’a pas arrêté le temps.

Elle l’a désaccordé.

Tout avançait,

mais rien ne se refermait.


Il y a eu des combats,

oui.

Mais il y a eu surtout cette autre chose,

plus sourde :la perte de ce qui ne revenait pas,

de ce qui ne répondait plus,

de ce qui restait suspendu.


La perte n’a pas encore de tombe.

Elle n’a pas encore de lieu.

Elle pèse autrement.

Elle oblige à porter

ce qui ne peut pas encore être posé.


Lire la suite :
III — L’attente


↩︎ Retour au cycle :
Sept textes après le 7 octobre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut